05/08/2006

Le Dolle Mol

Si j’ai exprimé tout mon désarroi par rapport à la fermeture de la Fleur en Papier Doré, je ne veux pas laisser croire que je me suis totalement embourgeoisé au point de renier mon cher passé et surtout le futur d’une jeunesse qui a besoin de repères autres que le consumérisme, la Bourse, la B.M.W. et la blonde qui va avec.

L’autre jour, ayant appris que Jan Bucquoy s’était fait expulser du Dolle Mol, je suis allé jeter un coup d’œil. Cela faisait longtemps que je n’y avais plus mis les pieds.  

 

Le Dolle Mol n’a jamais été mon stamkafeï mais j’y passais, c’était au début des années septante,  quand j’avais besoin d’info alternative, quand je traînais mes slaches chargées de spleen adolescent ou quand je terminais une soirée avec les copains qui voulaient bien écouter ma solution pour refaire le monde. C’était l’époque où on sortait aussi au Villon ou au Florio voir le fameux Roberto. Il était grave ce Roberto. Garagiste en semaine, il chantait le rock pur et dur à la manière d’Elvis avant son service, quand il savait encore remuer du pelvis. Il ne comprenait pas un mot d’anglais mais imitait les intonations à merveille. J’adorais Roberto, un vrai show man !!! Je n’ai jamais aimé Elvis. Suis plutôt du style rock dix après (Ten Years After).

C’étaient les années septante. Vous vous souvenez de l’année où on a fait la grève des cours, où on a manifesté contre ce facho de Van Den Boeynants qui voulait nous faire faire notre service militaire avant d’entamer des études supérieures ? L’époque de ma prise de conscience politique… avant les années sombres, l’arrivée des missiles, l’incendie du journal « Pour », les Tueurs du Brabant Wallon.

Bref, quand on a touché au Dolle Mol et à Bucquoy, on a touché aussi à mon patrimoine.

Cela devrait alarmer tout bon Bruxellois! Car si les rares bistrots où l’on trouve du débat, de la solidarité, de la révolte, de la bonne musique et de jolies égéries ferment leurs portes au détriment des officines à croix verte, pourvoyeuses de Prozac et autres anti dépresseurs, c’est notre culture qui est mise en danger. Et ce n’est pas la seule plantation du Meiboom, une fois par an et la verve populiste du burgemiester qui y changeront quelque chose !

 

Nosferatuske